Points d’apport volontaire: Une expérimentation qui n’en est pas une.


Un gâchis pour la collectivité

Par Michel Millot, membre du collectif de Saint-Bris-le-Vineux pour la collecte en porte-à-porte

À Saint-Bris-le-Vineux, on nous explique depuis plus d’un an que la mise en place des points d’apport volontaire (PAV) pour les ordures est une simple « expérimentation ». Un test, rien de grave, rien de définitif.
Mais pendant qu’on rassure les habitants avec des mots, sur le terrain, on creuse, on coule du béton, on installe des bacs semi-enterrés, on dessine des implantations “définitives”, on parle déjà de caméras de surveillance.
Appeler cela une expérimentation relève au mieux de l’euphémisme, au pire de la tromperie.
Et c’est un énorme gâchis pour la collectivité.

Une “phase test”… avec des équipements définitifs !

Une vraie expérimentation, c’est léger, réversible, limité dans le temps et dans les moyens. On teste, on mesure, on corrige, puis on décide.

À Saint-Bris, c’est l’inverse :
. les bacs individuels ont été retirés d’office dans plusieurs rues du centre-bourg depuis aôut 2023

. des groupes de conteneurs collectifs ont été installés dans l’espace public,

. et la Communauté de l’Auxerrois  a préparé pour 2025 une nouvelle “expérimentation” à l’échelle de tout le village, avec des PAV  semi-enterrés, c’est-à-dire des équipements lourds, coûteux et difficilement réversibles.

Quand on engage des travaux d’enfouissement, qu’on prévoit des caméras, qu’on conçoit des dispositifs “proches du système définitif”, ce n’est plus un test : c’est un début de déploiement.
Le mot “expérimentation” sert alors surtout à faire passer la pilule, à calmer l’opinion et à différer le débat démocratique.

Un langage trompeur pour masquer un choix déjà fait

Le discours officiel est rodé :

« Ce n’est qu’une phase intermédiaire »,« On n’a encore pas décidé »,« On va voir, on va évaluer… ».

Dans les faits, tout montre qu’une orientation lourde a déjà bien été prise : tourner le dos à la collecte en porte-à-porte pour généraliser les PAV, au nom d’économies encore très très floues.

Ce double langage est dangereux :

. il entretient la confusion : les habitants ne savent plus ce qui est transitoire ou définitif ;

. il évite de présenter un chiffrage global et honnête : coût des bacs enterrés, travaux, camions de collecte, caméras, entretien, réparations, gestion des dépôts sauvages… ;

. il esquive la question essentielle : le service rendu sera-t-il au moins équivalent au porte-à-porte en termes d’hygiène, de sécurité, d’accessibilité pour les plus fragiles ?

On ne peut pas engager des millions d’euros d’argent public en se réfugiant derrière un mot-valise 
– « expérimentation » – sans assumer politiquement le projet réel. Des nuisances bien réelles, elles, pour les habitants

Les réunions débattent ; le quotidien des habitants, lui, s’impose

. rats observés près des PAV, y compris à proximité de l’école,

. odeurs pestilentielles en été, mouches, asticots,

. sacs posés au sol quand les bacs débordent,

. patrimoine du village défiguré par des batteries de conteneurs “décorés de pierre” posés à même la rue  presqu’au pied d’un monument historique et même dans un embranchement de routes (nécessitant un arrêt à contresens !)

Et surtout, une question humaine de fond :
Comment des personnes âgées, handicapées ou sans voiture, sont-elles censées transporter leurs déchets jusqu’aux PAV, plutôt éloignés et difficiles d’accès quelquefois sans éclairage public ?

Depuis plus de quarante ans, la collecte en porte-à-porte fonctionnait à Saint-Bris, y compris dans les rues étroites, avec des camions adaptés. Aujourd’hui, ce n’est plus à la technique de s’adapter aux habitants, mais aux habitants de s’adapter à un système imposé.

Un gâchis social, environnemental… et financier

Sur le papier, les PAV sont souvent justifiés par un argument simple : « ça coûtera moins cher ».
Mais où sont les chiffres complets, comparant :
un porte-à-porte modernisé (camions adaptés, fréquence ajustée, meilleure prévention)
et un système massif de PAV enterrés, avec tous les coûts associés (investissements, génie civil, maintenance, nettoyage, gestion des dépôts sauvages, surveillance, renouvellement) ?

Investir lourdement dans une solution qui dégrade la qualité du service, complique la vie des plus fragiles, augmente les risques de dépôts sauvages et oblige parfois les habitants à prendre la voiture pour aller jeter leurs déchets… est-ce vraiment une économie ?
Ou n’est-ce pas, au contraire, un gâchis pour la collectivité, au sens plein du terme : argent, énergie, confiance, qualité de vie ?

Ces tas de grosses pierres plates, censés “faire joli”, donnent surtout l’impression qu’on a honte du dispositif, mais pas assez pour le repenser. On camoufle du béton moche sous une couche minérale sans utilité: ça ne sert ni l’écologie, ni l’entretien, ni le coût, ni le village. Ça ne filtre pas les odeurs, ça gêne la circulation, ça n’apporte ni vie, ni végétal. C’est du décoratif paresseux.

On n’avait pas d’idée, alors on a creusé la rue, coulé du béton, planté des PAV dessus, et jeté quelques pierres plates sur les côtés. On appelle ça “modernisation du service de collecte”, “rationalisation”, “transition écologique”. En réalité, on demande aux habitants de faire le boulot du camion poubelle… devant un objet moche, minéral, mal intégré, qui dégrade l’espace public

On a remplacé un service discret par des blocs de béton déguisés en jardinerie au rabais. C’est ça, un village de caractère ? On préfère empiler des pierres plutôt que des chiffres, ça évite de voir la note. 

Pour une vraie clarté et un vrai choix

Ce que nous demandons n’a rien de révolutionnaire :

. arrêter de maquiller un déploiement quasi définitif sous le vocabulaire rassurant de “l’expérimentation” ;

. rendre publics les chiffrages complets et les études comparatives entre plusieurs scénarios ;

. reconnaître noir sur blanc que le porte-à-porte reste aujourd’hui la référence, et qu’on ne peut le supprimer que si l’on garantit, preuves à l’appui, un niveau de service équivalent ou supérieur pour tous, y compris les personnes âgées et handicapées ;

. associer réellement les habitants et les conseils municipaux aux décisions qui engagent durablement leur cadre de vie.

Les mots ont un sens. Quand on dit “expérimentation”, on ne devrait pas cacher derrière ce mot des bacs déjà coulés dans le béton et des budgets déjà engagés.

Comment exiger la transparence plutôt que la dissimulation, la concertation plutôt que le passage en force, et le bon sens plutôt que le gâchis ?

 

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