Investir massivement dans des technologies très performantes de traitement ou transformer les pratiques agricoles pour réduire la pollution à la source ?
La communauté de communes de l’auxerrois mise sur le traitement avec la construction d’ une nouvelle usine de traitement de l’eau à Auxerre (avec des technologies comme l’osmose inverse basse pression). Cette mesure est importante, mais ça ne résout pas tous les problèmes du système d’eau potable de l’Auxerrois pour plusieurs raisons.
A) Cette technique traite l’eau en sortie, mais pas la pollution à la source.
L’usine nouvelle (deux unités à Auxerre) vise à améliorer la qualité de l’eau potable en filtrant plus de micropolluants (pesticides, résidus médicamenteux, etc.) grâce à l’osmose inverse basse pression.
Elle améliore:
- la qualité finale distribuée,
- la réduction des composés difficiles à éliminer avec les techniques classiques.
Mais elle ne réduit pas la pollution à la source, c’est‑à‑dire dans les nappes et les captages eux-mêmes — celles‑ci restent contaminées par l’agriculture, les nitrates, herbicides, pesticides ou nitrates qui entrent dans les eaux brutes.
Des études dans le bassin d’Auxerre montrent que l’eau brute est déjà impactée par des polluants agricoles (herbicides, nitrates) qui rendent difficile la production d’eau sans traitement intensif.
Conséquence : l’usine traite les symptômes, mais la ressource elle‑même n’est pas « restaurée ». Tant que les polluants arrivent dans le captage, il faut continuellement un traitement intensif coûteux.
B) Le traitement coûte significativement plus cher.
Des échanges techniques enregistrés dans les documents officiels montrent que le coût de production de l’eau augmente après l’installation des nouvelles unités, car l’osmose inverse est plus coûteuse que des procédés classiques.
Cela signifie:
- facture d’eau plus élevée pour les usagers
- pression financière accrue sur la collectivité
- nécessité d’une gestion rigoureuse des financements du service public
Yonne républicaine du 12 janvier 2024:
Aussi ambitieuse soit cette politique de l’eau, elle ne sera pas sans conséquence pour la facture des habitants. « Il y aura forcément une augmentation du prix de l’eau dans les années à venir », prévient Michaël Taton. Notamment après le 1er janvier 2027 et l’entrée en service de ces nouvelles unités de traitement de l’eau.
C) Le réseau reste vulnérable aux pertes et à la vétusté.
Même avec une usine performante, les réseaux d’adduction peuvent avoir des fuites importantes (jusqu’à ~25 % de pertes observées dans certaines villes françaises, dont Auxerre) — ce qui signifie que beaucoup d’eau traitée est perdue avant d’arriver au robinet.
Les canalisations vieillissantes restent un point faible qui n’est pas « résolu » par l’usine de traitement. Elles nécessitent réhabilitation régulière, ce qui représente un coût propre, différent du coût de l’usine.
D) L’usine seule ne suffit pas à garantir tous les paramètres de qualité.
Même si l’objectif technique est élevé, des analyses locales montrent que certains paramètres peuvent encore poser problème :
- certains composés non réglementaires ou émergents comme certains PFAS ou traces chimiques ne sont contrôlés que progressivement.
- l’usine traite des polluants connus, mais des situations locales spécifiques peuvent persister.
Le traitement plus strict ne remplace pas une gestion intégrée de la ressource avec prévention à la source et réduction des polluants dès le captage.