Pascal HENRIAT indique que les propos qui vont être énoncés reprennent en partie ceux du débat d’orientation budgétaire. Il va essayer de rester mesuré dans ses propos. C’est plus un constat de la présentation qui a été faite aujourd’hui, qu’un discours politique qu’il va avoir. Le budget primitif 2026 qui est présenté aujourd’hui n’est ni un budget fantaisiste, ni un budget insincère, il tient à le dire, c’est un budget techniquement construit, juridiquement équilibré. Il se doit également de le dire par honnêteté, mais ce n’est pas parce qu’un budget est équilibré qu’il est confortable. Là est le souci aujourd’hui. Un vieux sage dirait, les chiffres sont polis, mais ils ne disent pas toujours la vérité.
Les décisions de l’État, un cadre de plus en plus contraint. Il souhaite commencer par le contexte, car aucun budget local ne se construit dans le vide. La loi de finances et plus largement les décisions de l’État continuent à réduire l’autonomie réelle des collectivités. Exemple pour la Communauté, ça a été présenté dans un slide, plus 570 000 euros en dépenses par le nouveau Dilico et moins 700 000 euros en recettes pour les dotations de l’État. Les dotations stagnent, les compensations évoluent au gré des réformes et pendant ce temps-là, les charges, elles, progressent de façon très concrètes, hausse des cotisations employeurs et revalorisation statutaire légitime, il tient à le dire pour plus de 1,2 millions d’euros, page 8 du rapport, et inflation persistante sur l’énergie, les marchés publics et les prestations. Autrement dit, l’État nous demande de tenir la barre tout en raccourcissant la rame. Pour la Communauté de l’agglomération de l’auxerrois, cela se traduit par des recettes peu dynamiques et des charges de plus en plus rigides.
Le fonctionnement, une section sous tension permanente. Il en vient au coeur du budget, le fonctionnement. En 2026, les dépenses réelles de fonctionnement du budget principal atteignent environ 54,6 millions d’euros, soit 76% du budget total de la Communauté d’agglomération. Les recettes, elles, s’élèvent à 55,9 millions d’euros. Dit comme cela, tout va bien, mais il faut regarder ce qu’il en est réellement. Les charges de personnel dépassent désormais 21 millions d’euros. C’est le premier poste de dépenses et il est largement incompressible à court ou à moyen terme. Les charges à caractère général augmentent fortement sous l’impulsion de l’inflation, de l’élargissement des compétences, et cetera, plus 9 millions d’euros pour la communauté d’agglomération.En face, les recettes progressent, oui, mais lentement, souvent par des ajustements techniques plus que par une véritable dynamique économique. Cela se constate, page 11 du rapport, que l’ensemble des 3 chapitres les plus importants des recettes de fonctionnement augmente fortement de plus de 7,7 millions d’euros entre l’année 2025 qui n’est pas terminée et le budget primitif 2026. Ces 3 chapitres, pour résumer, sont le chapitre 73, impôts et taxes, le chapitre, sous chapitre 731 fiscalité locale et le 74 les dotations. Ce qui peut ressembler à un jackpot, permettez-lui cette expression est le chapitre 731 fiscalité locale avec plus de 6,9 millions d’euros d’évolution. Cela bien entendu personne n’a pas manqué de le voir. Mais attention cette augmentation ce n’est pas le jackpot, c’est tout simplement le transfert du versement mobilité pour 6,9 millions d’euros au budget principal. Les chiffres sont là. Il a calculé donc l’épargne de gestion. Il rappelle que l’épargne de gestion, les chiffres sont parfois un peu compliqués à décrypter., correspond aux recettes réelles de fonctionnement, soit 55,8 millions d’euros moins les dépenses réelles de fonctionnement hors intérêts de la dette qui sont de 63 000€ pour les intérêts de la dette. Ce sont les chiffres 11 dans les pages du rapport. Et cette épargne de gestion s’élèverait à 1,39 millions d’euros. Pour une agglomération de cette taille, c’est peu, très peu. Un vieux sage dirait avec un sourire, ce n’est pas encore l’asphyxie, mais on commence à chercher l’oxygène. L’investissement, un volontarisme affiché, cela a bien été démontré, mais qui est financé à crédit.
Il passe à l’investissement. Le budget principal prévoit plus de 20,2 millions d’euros de dépenses d’investissement, soit 48% du total d’investissement tout budget qui est de 42 millions d’euros, page 4 du rapport. Les projets sont là, les ambitions aussi bien entendu, et personne ne contestera la nécessité d’investir pour le territoire. Mais la question n’est pas seulement en quoi l’investissement est porté. La question c’est comment ? En recettes d’investissement, près de 14,6 millions d’euros reposent sur l’emprunt. Il indique clairement que ce budget investi à crédit, ce n’est pas illégitime, il tient à le dire mais ce n’est pas neutre. Car quand l’autofinancement est faible, chaque euro emprunté réduit un peu plus la liberté future.
L’autofinancement et l’épargne, le vrai signal d’alerte. Il souhaite que soit regardé maintenant les indicateurs clés. À titre indicatif, il s’est amusé à calculer l’épargne de gestion, l’épargne brute et l’épargne nette. Il appuie sur le fait que ce soit à titre indicatif, car ces chiffres réels seront dans le prochain compte administratif qui sera à voter par la nouvelle Assemblée au mois d’avril, mai ou juin prochain. Mais il est toujours intéressant de savoir où l’on va. L’épargne de gestion, il l’a estimée juste au-dessus est de 1,33 millions d’euros. L’épargne brute serait, il dit bien serait de 1,27 millions d’euros une fois déduits les intérêts de la dette inscrits à 63 000€ page 66 du rapport. L’épargne nette, l’épargne brute, il le rappelle, qui est de 1,27 moins le capital de la dette qui est à rembourser qui s’élève à 511 000 euros, serait donc de 760 000 euros. Autrement dit, une fois le remboursement de la dette honorée, il resterait moins de 800 000 euros pour financer les investissements. Un autre vieux sage dirait qu’il appelle ça de l’autofinancement, mais il faut de bonnes lunettes. Il a mis les siennes
La dette réelle et la dette que l’on repousse. Il en arrive à un point essentiel, la dette du budget principal qui est de 2,44 millions d’euros au 31 octobre 2025. Il dit bien au 31 octobre 2025 parce qu’il y aura à déduire les échéances en capital et en intérêts pour les deux mois qui restent de l’année, à savoir novembre et décembre. La dette bancaire du budget principal, prise isolément, reste maîtrisée, mais ce n’est pas la bonne lecture. La vraie question est la suivante, cette dette est-elle compatible avec un niveau d’épargne aussi faible ? La réponse est de moins en moins. Mais bien entendu, il faut parler de l’autre dette, celle qui se voit moins, celle qui cristallise les débats dans cette assemblée., et il s’excuse de remettre une pièce dans la machine, mais il ne peut pas la passer, la dette EPF est de 4,8 millions d’euros. Le portage foncier par l’EPF est un outil utile, il l’a déjà dit, le redit et il le pense sincèrement, mais tout dépend des actifs qui le composent et il ne rentrera pas dans le débat ce matin. Mais techniquement et financièrement, il ne s’agit pas d’un effacement de dette, il s’agit d’un report. Les règles sont simples. Il les rappelle. L’EPF achète, la collectivité bénéficie d’un portage et au bout des 10 ans environ, il faut racheter. Si le rachat n’est pas anticipé, la dette EPF revient dans le budget principal en dette directe. Autrement dit, la dette EPF n’efface pas la dette, elle la met en attente. Aujourd’hui, cette dette est hors bilan, demain elle viendra s’ajouter pour partir l’endettement existant. Un autre vieux sage, il en connait beaucoup, conclurait calmement, repousser une dette, ce n’est pas la supprimer, c’est juste décider quand elle les rattrapera. Conclusion, ce budget primitif 2026 tient la route. Il est sincère, il est construit avec sérieux et il reconnait bien là la patte du service des finances qu’il salue et qu’il félicite. Mais il est fragile, fragile parce que l’épargne nette sera faible, fragile parce que l’investissement repose trop largement sur l’emprunt, fragile parce que la dette globale directe et différée de l’EPF pèsera sur les exercices futurs, sur les mandats donc à venir. Ce budget n’hypothèque pas seulement l’année 2026, première année d’un nouveau mandat, il engage les suivantes. Et pour conclure, sans excès mais sans illusions, gouverner ce n’est pas seulement équilibrer un budget, c’est avoir le courage de dire quand l’équilibre devient précaire.